Synode : Pas de diaconat pour les femmes

La perspective de l’ouverture du diaconat pour les femmes est souvent revenue au cours de ce parcours synodal, sans aboutir. Réaction de la théologienne Anne-Marie Pelletier.

Cela avait été une heureuse surprise. Au terme des consultations nationales préparatoires au synode, en 2023, il était apparu que la place des femmes dans l’Église était une préoccupation non seulement partagée, mais prioritaire, à l’échelle mondiale. La question d’un diaconat féminin était revenue aussi avec insistance. Elle n’était donc pas seulement la requête de chrétiennes d’Amazonie, qui avaient relancé le sujet lors du synode de 2019. La confiance était grande de voir aboutir enfin cette question en suspens.

Las ! Les déceptions se sont multipliées depuis. Le sujet disparut du programme de la seconde session du synode. Il ne figure pas plus parmi les thématiques des 10 groupes d’étude mis en place pour accompagner et prolonger le synode jusqu’en 2025. Enfin, le pape François, interrogé par la chaîne américaine CBS en mai 2024, opposa un non péremptoire à une possible ordination diaconale des femmes. Indépendamment du travail du synode, la question était tranchée. Pas de diaconesses qui soient le répondant des diacres institués sacramentellement.

Contradiction gênante

Le choc fut rude, la déception, grande. « Les femmes ont toujours eu la fonction de diaconesses sans être diacres », fut l’objection douloureuse à entendre dans cette interview. Autrement dit, que les femmes se contentent d’être femmes qui servent. Ce qu’elles font évidemment, sous tous les cieux, depuis toujours, avec une abnégation infatigable, qui permet à l’Église de remplir sa mission.

Mais comment ne pas s’étonner que, quand il s’agit de diaconat masculin, en sa forme permanente rétablie par le concile Vatican II, le texte conciliaire (Ad gentes, 16) explique qu’il faut au diacre la grâce du sacrement pour rendre possible le plein déploiement de sa mission ? Les femmes auraient-elles la particularité de pouvoir exercer le service diaconal sans avoir besoin de cette grâce ? Contradiction gênante.

La vérité est que, même explicitement détaché du cursus sacerdotal, le diaconat masculin permanent reste intrinsèquement associé au statut presbytéral et à son exclusivisme masculin. En tout cas dans l’esprit de ceux qui refusent un diaconat féminin. D’autant que le diacre reçoit accès au service de l’autel, à la responsabilité de l’homélie, ainsi qu’à la pratique d’un certain nombre de gestes sacramentels (célébrer un baptême, présider un mariage). Toutes choses qui pourraient donner un poids supplémentaire à la diaconie qu’exercent déjà les femmes, mais que l’on entend précisément maintenir hors de leur portée.

De fait, un diaconat féminin ordonné amènerait à questionner d’un peu plus près l’édifice institutionnel, dont la clé de voûte reste le sacerdoce ordonné d’hommes célibataires. Tel est bien le véritable point de résistance dissimulé sous l’objection qu’en tout cela il s’agirait d’un combat des femmes pour le pouvoir qui, leur explique-t-on, ne ferait que les cléricaliser.

Dialogue de sourds, désolant. Comment faire entendre que c’est la vie de l’Église à sa pleine dimension, masculine et féminine, qui est en jeu ? Comment faire comprendre qu’il ne s’agit pas de pouvoir ni même de reconnaissance, mais fondamentalement de la mission de l’Église, en permettant que la grâce de la vie du Christ puisse rejoindre le monde, y compris à travers toutes les formes de proximité contemporaine que vivent les chrétiennes engagées dans le service ? En fait, c’est parce que le débat touche à cette profondeur qu’il n’a cessé de piétiner depuis 50 ans malgré la multiplication des travaux savants, des échanges contradictoires, jusqu’aux deux commissions convoquées successivement par François.

Cet atermoiement devrait nous alerter. À plusieurs reprises, on fut près d’une décision positive, devant laquelle cependant on s’est dérobé. Malgré tout, la question est restée ouverte, indécidable, comme si on se tenait au bord d’un précipice. La récente déclaration du pape semble dire que les jeux sont faits. Mais il y a, présentement, du côté de la vie chrétienne au féminin, du vin nouveau, dont on doit espérer qu’il finira par faire éclater les vieilles outres.